Reconnaissance
du besoin d'un nouveau pont (1874)
Dès 1874, l'Honorable John Young et un groupe de citoyens de Montréal
furent les premiers à reconnaître le besoin d'un nouveau pont
ferroviaire et véhiculaire devant relier Montréal et la rive sud; ce
pont devait se situer dans les environs du site actuel du pont
Jacques-Cartier. Des plans furent préparés par Charles Legge, un des ingénieurs
ayant construit le pont Victoria. Ce projet fut toutefois abandonné en
raison du manque de fonds nécessaires à sa réalisation. De 1897 à
1909, plusieurs autres représentations furent faites en ce sens, mais
toujours sans succès.

Nouvelle demande pour un pont
(1921)
En 1921, des comités de citoyens, le Board of Trade, la Chambre de
commerce de Montréal, la Ligue pour l'amélioration de la Ville et
plusieurs autres organismes présentèrent un rapport à l'Honorable
P.J.A. Cardin, alors ministre de la Marine et des Pêcheries. À l'époque,
il n'y avait que le pont Victoria qui assurait le lien entre l'Île de
Montréal et la rive sud. À la hauteur de Longueuil, la traversée du
fleuve était assurée par deux traversiers l'été; l'hiver, on
fabriquait un pont de glace sur lequel on se risquait, durant les quelques
semaines de grand froid, à passer en voiture. Le besoin d'un nouveau lien
entre Montréal et la rive sud se faisait de plus en plus pressant.

Concours pour la trajectoire du
pont (14 août 1922)
Le Conseil privé du Dominion du Canada avait accordé le 14 août 1922
une somme de 50 000 $ aux Commissaires du Havre de Montréal afin de
lancer un concours pour la trajectoire du futur pont : Quatre projets
furent retenus et la trajectoire finale fut choisie au printemps 1924. Les
firmes d'ingénieurs-conseils furent invitées à soumettre divers projets
pour la construction du pont. Le 19 novembre 1924, les Commissaires annoncèrent
qu'ils avaient retenu les firmes Monsarrat et Pratley de Montréal et J.B.
Strauss de Chicago faisant affaires sous le nom de Monsarrat, Pratley
& Strauss à titre d'ingénieurs-conseils du projet.

Projet du Port de Montréal (19
juillet 1924)
C'est l'Honorable Wilfrid Laurier McDougald, président des Commissaires
du Havre de Montréal qui réussit à persuader le gouvernement fédéral
d'en faire un projet du Port de Montréal. Il fut décidé que ce pont
serait à péage afin de permettre l'amortissement du capital acquis grâce
à l'émission de Bons du Trésor sur le marché. C'est donc par un acte
du parlement, Acte 14-15, Georges V, Chapitre 58, que les Commissaires reçurent
le 19 juillet 1924 le pouvoir de financer, construire et opérer le
projet.

Choix de l'emplacement du pont (27 janvier 1925)
Le 27 janvier 1925, le choix du site était annoncé et quelques mois plus
tard, les dessins de structure étaient approuvés.

Première pelletée de terre (26 mai 1925)
La cérémonie de la première pelletée de terre eut lieu le 26 mai 1925;
dès le lendemain, le chantier côté Longueuil se mit en branle, bientôt
suivi du chantier côté Montréal.

Pose de la pierre angulaire (9 août 1926)
Le 9 août 1926, on posait la pierre angulaire, pierre intégrée dans la
pile 26 située à l'angle des rues Notre-Dame et Craig (aujourd'hui
Notre-Dame et Saint-Antoine) en face de ce qu'on appelait autrefois « Au
Pied du Courant ». Nul ne sait cependant aujourd'hui à quel endroit précis
de la pile se trouve cette pierre qui contient une capsule témoin avec
les 59 objets suivants :
-
Les
rapports annuels des Commissaires du Havre de Montréal pour les années
1922, 1923, 1924 et 1925.
-
Les
journaux suivants, datés du 7 août 1926 :
-
The
Montreal Gazette . The Montreal Star
-
The
Montreal Herald . The Montreal Standard
-
La
Presse. La Patrie
-
Le
Devoir. Le Canada
-
Les
pièces de monnaie suivantes, datées de 1925 :
-
Pièce
d'un sou (gros et petit);
-
Pièce
de 5 cents (gros et petit);
-
Pièce
de 10 cents;
-
Pièce
de 25 cents;
-
Pièce
de 50 cents;
-
Pièce
d'or de 5 $;
-
Nouveaux
billets de 1 $ et de 2 $;
-
Trois
photographies aériennes du port de Montréal;
-
Deux
calendriers des Commissaires du Port pour l'année 1926 (français et
anglais);
-
Deux
pamphlets illustrés émis en 1924 par les Commissaires du Port (français
et anglais);
-
Trois
plans de différentes grandeurs du port de Montréal;
-
Un
plan de la Ville de Montréal;
-
Un
plan de la Ville de Saint-Lambert;
-
Un
plan de la Ville de Longueuil;
-
Un
plan de la province de Québec;
-
Une
carte géographique du Canada;
-
Trois
cartes géographiques de la région de Montréal;
-
Un
petit dessin du pont de la rive sud de Montréal;
-
Un
brouillon du discours du Dr Milton Hersey, Commissaire;
-
Un
sommaire des événements de la construction du pont de la rive sud;
-
Une
carte du port de Montréal;
-
Trois
dessins du pont de la rive sud de Montréal;
-
Un
rapport annuel de la Ville de Montréal pour l'année 1925;
-
Trois
volumes de L'Histoire de Montréal, du Dr Atherton;
-
Un
rapport annuel du Montreal Sailors' Institute;
-
Un
rapport annuel du Catholic Sailors' Club;
-
Une
copie de l'Histoire du Catholic Sailors' Club;
-
Une
copie des Actes du Parlement concernant les Commissaires du Havre de
Montréal;
-
Un
Arrêt municipal concernant des Commissaires du Port de Montréal;
-
Une
copie de L'Histoire de Montréal, de Albert Leblond, éditions
Brumath;
-
Une
copie des Mémoires de la Société Historique de Montréal, de M.
Dollier, éditions Casson, 1869;
-
Une
copie des Faits curieux de l'Histoire de Montréal, de E.Z.
Massicotte;

Ouverture du pont à la
circulation (14 mai 1930)
Le pont à trois voies fut ouvert à la circulation le 14 mai 1930. La
vitesse maximale alors permise sur le pont était de 25 milles à l'heure,
soit 40 km/h. Tous se partageaient la chausse, à l'exception des piétons
qui avaient leur trottoir. Il était interdit de dépasser un autre véhicule
allant dans la même direction.

Inauguration officielle (24 mai 1930)
La cérémonie débuta par un discours du président de la Commission du
port de Montréal, le sénateur W.L. McDougall. Monseigneur Georges
Gauthier, archevêque du diocèse de Montréal, fut par la suite invité
à bénir le pont et à 11 h 50, le Très Honorable William Lyon Mackenzie
King, alors Premier Ministre du Canada, transmit son discours par téléphone
depuis son bureau à Ottawa, puis pressant un bouton, il commanda à
distance l'ouverture des rideaux dévoilant la plaque commémorative qui
se trouvait à l'extrémité de l'estrade où avaient pris place les invités
d'honneur.

Nom officiel
Durant sa construction, on le nommait « pont de la Rive-Sud » ou « the
South Shore Bridge » jusqu'au moment de son inauguration officielle le 24
mai 1930. Lors de la cérémonie d'inauguration, on donna au pont le nom
de « pont du Havre » ou « the Harbour Bridge », ayant été construit
sous l'égide des Commissaires du Havre de Montréal. Environ 4 000
personnes, représentant l'élite de la société de toutes les parties du
Canada, étaient présentes. Une grande foule avait également envahi le
pavillon et l'Île Sainte-Hélène pour l'événement.

Changement officiel de nom (1er
septembre 1934)
Le 23 juin 1934, les Commissaires du Port de Montréal, se rangeant à la
volonté populaire suite à une pétition sous la direction de Georges
Pelletier, directeur du Devoir, adoptaient une résolution recommandant à
Son Excellence le Gouverneur Général en Conseil de donner au « pont du
Havre » le nom de « PONT JACQUES-CARTIER » en hommage à l'explorateur
Jacques Cartier qui découvrit le Canada en 1534. On voulait ainsi
souligner le 400e anniversaire de la découverte du Canada. Le
30 juin 1934, la résolution était approuvée par arrêt ministériel
(No C.P. 1358).
À cette occasion, le gouvernement français fit don au Canada d'un buste
de bronze du célèbre explorateur et découvreur malouin. C'est le 1er
septembre 1934, au cours d'une cérémonie qui se déroula sur le pont même,
qu'eurent lieu le changement officiel du nom du pont et le dévoilement du
buste de bronze. Le buste fut présenté par Monsieur Henry Bordeaux et
accepté au nom du Canada par le ministre de la Marine d'alors,
l'Honorable Alfred Duranleau.
Son Excellence Pierre-Étienne Flandin, alors Ministre des Travaux publics
de France et subséquemment Président du Conseil des Ministres assistait
à la cérémonie. Y assistaient également des représentants des États-Unis
et de la Grande-Bretagne, de hauts dignitaires politiques et ecclésiastiques,
y compris des sénateurs, des conseillers législatifs, des députés, des
consuls, des maires, ainsi que des représentants du monde du commerce, de
la finance et de l'industrie de la métropole.

Ouverture d'une quatrième voie
(juin 1956)
Au début, le pont n'avait que trois voies compte tenu qu'une piste de 12'
(3,6 m) de chaque côté était prévue pour les tramways, laissant
36'-10" (11,2 m) de voie carrossable pour les voitures. Cette piste
n'ayant jamais servi pour les tramways, on décida d'ouvrir en juin 1956
une quatrième voie à la circulation du côté aval.

Ouverture d'une cinquième voie (juin 1959)
La cinquième voie fut ouverte en juin 1959.

Installation d'un système de péage automatisé (8
septembre 1959)
Le 8 septembre 1959, on procéda à l'installation d'un système de péage
automatisé pour remplacer les péagers dans le but d'améliorer la
circulation et le contrôle des argents.

Taux de péage
Les taux de péage étaient ainsi échelonnés : piéton : 15 cents;
cycliste : 15 cents; motocycliste : 25 cents; automobile (pour le véhicule
et son conducteur) : 25 cents; passager additionnel : 15 cents; autobus :
de 80 cents à 1,00 $ (selon la classe de l'autobus); camion : de 25 cents
à 1,50 $ (selon la classe du camion); véhicule à traction animale : de
15 cents à 60 cents (selon qu'il soit tiré par un, deux, trois ou quatre
animaux et qu'il transporte ou non des passagers); citerne d'huile tirée
par deux animaux : 60 cents; véhicule tiré par un chien ou une chèvre :
15 cents; animaux (seuls ou en troupeau) : de 3 cents à 15 cents par
animal (selon l'espèce); brouette : 15 cents; gratuit pour les enfants de
moins de 5 ans.

Déplacement du buste de bronze
et des plaques commémoratives (mai 1962)
Le buste de bronze de Jacques Cartier et les plaques commémorant la cérémonie
d'ouverture officielle du pont et le changement de nom du pont furent déplacées
en mai 1962 lors de la construction de la deuxième rampe d'accès à l'Île
Sainte-Hélène. Ils se trouvent maintenant en amont du pont, sur un muret
du pavillon de l'Île Sainte-Hélène, tout juste avant la rampe d'accès
pour l'Île.

Abolition du péage (1er juin 1962)
Le péage fut aboli le 1er juin 1962 à 15 h. Rappelons qu'un péage
était exigé depuis l'ouverture du pont en 1930. Depuis l'abolition du péage,
l'édifice qui servait aux péagers est le quartier général du personnel
préposé à l'entretien des ponts Jacques-Cartier et Champlain.